Très souvent lorsque des travaux de maçonnerie sont complétés il est possible d’observer une variation de couleur dans les joints de maçonnerie. Généralement sans effet sur la pérennité du projet, cette variation n’affectera probablement que le volet esthétique du projet, mais sera assurément source de conflit!
Les objectifs du présent texte sont de déterminer les principales causes qui expliquent ces variations de couleurs et de proposer des pistes afin de minimiser au maximum ces possibles variations.
LES CAUSES
Il y a principalement trois phases distinctives où les causes de variations de couleurs peuvent survenir. Avant les travaux, pendant les travaux et après les travaux. Voici les principales causes de variations de couleurs identifiées pour chaque phase de travaux.
Avant le début des travaux;
- Erreur de production. Le matériel livré n’est pas conforme au matériel sélectionné préalablement.
- Mauvaise interprétation. Ex :Utiliser une réglette de mortier King 1-1-6 comme référence alors que l’on applique du MasonCare 300.
Pendant les travaux;
Si le matériel livré en chantier est conforme au matériel préalablement sélectionné, il se pourrait que l’un des éléments suivants fasse varier la couleur des joints;
- Mauvaise utilisation du matériel. Utiliser un échantillon de mortier de pose, alors qu’on utilisera le mortier comme mortier de rejointoiement.
- Un équipement mal entretenu.
- Unités de maçonnerie mal entreposées.
- Ségrégation des constituants. Ex : Utilisation partielle d’un sac de 30 kg.
- Quantité d’eau présente dans les joints (non constante) au moment de tirer les joints.
- Des unités de maçonnerie qui présentent des taux d’absorbions différents.
- Présence d’eau stagnante au moment d’appliquer le mortier (Rejointoiement).
- La température ambiante.
- La température des matériaux.
- La qualité de la main d’œuvre.
- La cure (si nécessaire).
- La capacité du système à libérer l’humidité.
- Mauvais dosage des constituants : Pour les mélanges en chantier.
- Mauvaise protection durant les travaux.
- Une combinaison de plusieurs des facteurs énumérés plus haut.
Après les travaux;
COURT TERME;
- Le nettoyage
- Qualité de la préparation de la surface
- Utilisation du bon produit
- Utilisation du bon dosage
- Qualité de la main-d’œuvre
LONG TERME;
- La pollution
- Les pluies acides
Comment minimiser les variations de couleur.
Quelques gestes simples peuvent être mise en œuvre tout au long des travaux afin d’éviter les ennuis de variations de couleurs à la fin d’un projet. En voici une brève énumération;
- Assurez-vous d’utiliser le matériel en conformité avec sa fiche technique.
- TOUJOURS faire approuver un mur témoin de 1000 mm X 1000 mm avant le début des travaux. Ce mur témoin doit demeurer en place tout au long des travaux. Idéalement, il fait parti intégrante du projet. En cas de conflit, le mur témoin préalablement approuvé fait gage de référence.
- Assurez-vous que l’équipement utilisé durant les travaux soit entretenu et laver à chaque jour.
- Si vous prévoyez utiliser moins d’un sac de 30 kilos, il faut TOUJOURS mélanger à sec le contenu complet du sac. Ensuite, on ajoute la quantité d’eau requise pour la quantité de mortier nécessaire.
- Déterminer une méthode qui assure la constance de la quantité d’eau présente dans les joints de mortier au moment de tirer les joints. La méthode généralement utilisée est celle de l’empreinte du pouce. Lorsque l’on appui avec notre pouce sur le joint de mortier, ce dernier doit offrir une certaine résistance tout en laissant l’empreinte du pouce visible dans le mortier. Si le mortier n’offre pas suffisamment de résistance, le joint sera plus pâle. En revanche, si l’empreinte du pouce n’apparait pas dans le mortier celui-ci est probablement trop dur – signe d’une évaporation de l’eau – est le joint sera plus foncé.
- Assurez-vous d’obtenir un rapport de taux d’absorption des unités à installer. Si impossible à obtenir, faire des essais à l’aide du test de l’empreinte du pouce et ajuster la technique de finition tout au long des travaux.
- Assurez vous de contrôler au maximum les températures ambiantes. En été lorsqu’il fait chaud, il faut s’assurer que les rayons de soleil ou le vent ne privent pas les joints de mortiers de la quantité d’eau nécessaire au développement de ses propriétés physiques. Au besoin, changer de côté pour travailler à l’ombre. Si cela est impossible, prévoir des bâches pour protéger le mur des rayons du soleil. En automne ou en hiver, prévoir les températures minimums régis par la norme CSA A371, ou vous référer à la fiche technique du fabricant. La règle d’or est la suivante, si le maçon a chaud le mortier a chaud. Si le maçon a froid, le mortier a froid.
- En cas de conflit, vous référer à la norme CSA A 371 quant à la température et à la protection des matériaux à être utilisés sur vos chantiers.
- La qualité de la main d’œuvre est essentielle, mais difficile à déterminer avec précision. Quelques conseils peuvent être mis en applications;
- Le mur témoin sert à déterminer la couleur des matériaux ou à préciser le système d’ancrage, mais il sert également de valeur étalon quant à la qualité de la main d’œuvre.
- Assurez-vous que la personne qui construit le mur témoin fera parti de l’équipe qui participera aux travaux.
- Effectuez une réunion de chantier avant le début des travaux pour vous assurer que tous les intervenants comprennent ce que vous attendez d’eux.
- Pour plusieurs matériaux – principalement en restauration de maçonnerie – la cure humide est essentielle. Une cure humide défaillante peut avoir de lourdes conséquences quant aux propriétés physiques du mortier durci, mais aussi sur l’aspect esthétique de ce dernier.
Le nettoyage :
Il existe une multitude de produits de nettoyage sur le marché. Il est donc essentiel de se référer à la fiche technique du fabricant avant d’entreprendre les travaux. Une fois de plus, quelques règles simples s’imposent;
- TOUJOURS procéder à un essai sur un mur témoin de 1000 mm X 1000 mm avant d’entreprendre les travaux.
- TOUJOURS faire accepter le mur témoin par le professionnel en charge du projet ou le propriétaire avant d’entreprendre les travaux.
Conclusion :
Les mortiers dans l’enveloppe de bâtiment font partis d’un système et doivent être analysés sous cet angle. Parmi les éléments de ce système on retrouve;
- Le type de mortier (Type N, Type O, etc.)
- Le type d’unité de maçonnerie (argile, béton, silice, etc.)
- La température (hiver vs été)
- La main d’œuvre
- Le design du bâtiment
- Etc.
En modifiant un seul des éléments du système, on affectera inévitablement le résultat final. La combinaison parfaite n’existe pas. La combinaison brique /mortier qui a bien fonctionnée lors du dernier projet pourrait ne pas fonctionner lors du prochain projet, ne serait-ce que parce que les températures ne sont plus les mêmes.
Tel que mentionné au début de cet article, bien que généralement sans effet sur la pérennité d’un projet, les variations de couleurs que l’on observe parfois sur un parement de maçonnerie suite à des travaux sont souvent sources de conflit et la cause précise de ces variations est souvent difficile à démontrer avec précision.
Afin d’éviter le plus possible les conflits, des gestes importants doivent être posés.
- Réunion de chantier avant le début des travaux;
- Mur témoin pour entériner le choix des matériaux et qualifier la main d’œuvre;
- Mur témoin pour entériner le produit et la technique de lavage.
À cela nous devons également ajouter que les visites régulières en chantier, ainsi qu’une bonne communication entre les différents intervenants tout au long du projet sont essentielles dans la recherche d’un projet réussis.

